Avions, crottin de cheval et mer d’eau douce.

 

Par Michèle 

 

Certains d’entre vous savent peut-être que j’ai un mari volant et qu’avant de se lancer dans la fabrication de campeurs il s’était fait la main en fabriquant un avion. Daniel a eu sa licence de pilote à 18 ans et, pour ceux qui l’ignorent, l’aviation est une maladie pour laquelle la science moderne n’a pas encore trouvé de remède. Si les bons musulmans doivent se rendre au moins une fois dans leur vie à la Mecque, tout bon pilote qui se respecte doit se rendre tous les deux ans à Oshkosk, Wisconsin (une fois l’an serait encore mieux). Pendant une semaine, tout ce qui vole, plane ou peut quitter le sol pour quelques secondes s’y retrouvent. Certains y viennent à bord de  leur avion de construction amateur d’aussi loin que d’Afrique du Sud, d’Amérique du Sud ou même d’Australie. Vous rêvez depuis toujours de faire un tour de P51 Mustang ou de Concorde, ici votre rêve deviendra réalité (pour une légère rémunération bien entendu!! Quelques centaines de dollars US).  Cet immense terrain au bord du lac Winnebago se couvre de 14,000 avions et de 25,000 unités de camping. L’été dernier l’appel d’Oshkosh a résonné dans le cœur de pilote de Daniel, et nous sommes donc partis  direction Wisconsin dans notre toute nouvelle Savana condo Plus.

 

Aussitôt mon accord donné pour Oshkosh, je me suis ruée sur l’atlas pour voir ce qui pourrait bien y avoir d’intéressant à visiter ….Heu.. je veux dire à part les avions . Nous avions décidé de passer par Détroit et Daniel avait entendu parler du Musée Henry Ford par un ami. Nous y avons donc passé deux jours et n’avons fait qu’effleurer les merveilles qu’il renferme. Je croyais y trouver un musée sur la vie d’Henry Ford, je n’y étais pas du tout. C’est l’histoire de l’Amérique à travers les grandes et les petites découvertes . La première journée, nous avons visité la partie intérieure du musée. Nous y avons trouvé des trains,  des diligences, des automobiles (toutes marques confondues), l’histoire de la lumière en partant de la lampe à l’huile jusqu’à l’ampoule IMAX et au laser. On y parle de McDonald, des premières chaînes de motels, de la route 66. À travers ces objets j’ai eu l’impression d’entendre les voix de Ford, Edison, Lindbergh ou des frères Wright me raconter leur histoire et leur rêve. Et ce n’était que le début, car le lendemain lorsque mon regard s’est porté sur le musée extérieur, j’ai eu l’impression d’être monté dans une machine à remonter le temps. Tout y était, petite ville du début du siècle avec sa cheminée d’usine, sa gare, sa rue principale bordée de commerces. Certaines maisons sont des reproductions tandis que d’autres ont été déménagées à Détroit à partir des quatre coins des Ètats-Unis. C’est immense! Astiquez vos espadrilles vous en aurez besoin. Emmenez aussi votre collation parce que la bouffe y est très ordinaire (lire déguelasse!).Nous campions non loin de Détroit et quel ne fut pas notre surprise lors d’une promenade à vélo sur le camping d’entendre quelques jurons ecclésiastiques résonner à nos oreilles! À ne pas en douter un québécois avait des problèmes avec le téléphone public. Mais la vraie surprise restait à venir : les québécois en question étaient des condistes qui étaient  sur leur retour d’un voyage dans l’Ouest Américain! Nos premiers condistes si loin de chez nous! Le lendemain, après une soirée à parler du Nouveau-Mexique et de la Californie, nous quittions Détroit et nos amis condistes pour Oshkosh.

 

Avec 25,000 unités de camping il ne fallait pas s’attendre à avoir les services j’imagine; nous avons donc passé 6 jours sans électricité et sans eau. Pas de problème, il suffit de faire un peu de gérance. Je me suis transformée en vigile anti-gaspilleur-d’eau-et-d’électricité et cela a fonctionné à merveille. Nous avons démarré notre moteur 3 fois 30 minutes pour éviter que la charge des batteries ne descende et le tour était joué. Je n’avais aucun remords face à mes voisins lorsque l’on sait le bruit que fait une génératrice comparativement à celui que font nos moteurs. Après six jours à s’éveiller et à s’endormir au bruit des avions, nous partions pour la deuxième partie de notre voyage : les grands lacs.

 

J’avais déniché dans un guide de National Geographic quelques endroits pittoresques autour des grands lacs. Petoskey et Harbor Springs sur le bord du lac Michigan allait être notre premier arrêt. Le Petoskey state park s’étend sur les berges du lac et est relié à la ville du même nom par la piste cyclable. Vous trouverez aussi un camping en plein centre de la ville toujours au bord du lac. Petoskey est l’endroit idéal pour faire un brin de vélo en admirant les maisons victoriennes avec leurs couleurs pimpantes et leur façades fleuries. Son joli centre-ville regorge de petites boutiques où les connaisseurs feront de belles découvertes. Harbor Spring vous charmera elle aussi avec ses coquettes maisons mais c’est surtout sa petite marina qui  hante mes souvenirs. Si vous continuez vers le nord, vous atteindrez l’endroit où le lac Huron et le lac Michigan se rencontrent. C’était là le but ultime de mon voyage, le lieu qui sur la carte me semblait béni des dieux. Imaginez une île avec des maisons qui semblent tout droit sorties du XIXe siècle, un hôtel de bois immense accroché à la colline, une forêt qui en couvre presque toute la superficie et…. Pas une seule auto. J’avais découvert Mackinac Island, le seul endroit que je connaisse où vous ne retrouverez ni auto, ni moto, juste des chevaux et des vélos. Nous avions traversé les nôtres sur le bateau et, aussitôt la passerelle en place, je m’élançais en direction de la rue principale. La première chose qui vous frappe c’est l’odeur de crottin de cheval. Il y a 600 chevaux sur Mackinac Island et ça se sent! Tout ce fait grâce aux chevaux et aux vélos : la livraison de marchandise, le transport des touristes vers les hôtels, les taxis. Les côtés de la rue principale ressemblent à un reportage de radio Canada sur la Chine, des centaines de vélos! Il y a 2000 vélos sur l’île en tout temps. Les boutiques du centre-ville sont un peu trappe à touristes mais ça ne fait rien : Mackinac Island c’est avant tout une histoire de vélo qui finit par un pique-nique à deux sur une plage déserte : magique…

 

Nous avons passé le reste de nos vacances sur les bord du lac Huron mais du côté canadien cette fois-ci, chez nos voisins de l’Ontario. Notre dollar y a une plus grande valeur et j’y ai découvert un réseau de parcs magnifiques et de petites villes toutes plus belles les unes que les autres. Mais ce qui m’a le plus frappée, c’est de découvrir que les grands lacs, à moins d’y goûter, c’est exactement comme la mer. Les couchers de soleil, les mouettes et même les vagues. La petite ville de Goderich sur le lac Huron n’a rien à envier à ces voisines de l’autre côté de la frontière. Port sur le lac, même maisons victoriennes impeccables, piste cyclable, coquet centre-ville et, en prime, il y avait même un accueillant petit aéroport pour Daniel. Que demander de plus?