Par Lorraine Robichaud
Eh oui! C’est décidé,
nous passerons mars en Floride. Pas bien original comme destination me direz-vous?
Attention ! Nous ne traînerons pas sur le littoral comme tous nos concitoyens.
Non ! Nous filerons par des routes paisibles à l’intérieur du pays en
direction nord-ouest, dans la région d’Ocala National Forest. Notre but est de
visiter les « springs » : Rainbow, Junipers, Alexander, Salt
Spring.
Chemin faisant, nous
voyons défiler de petits villages ceinturés de cultures maraîchères où paissent
bovins et chevaux. Du haut de notre belle Beauceronne, une Savana Condo Plus,
nous pouvons suivre les méandres de jolis cours d’eau qui s’étirent dans cette
campagne floridienne. Des petits lacs disposés de part et d’autre de la route
ajoutent la touche complémentaire à ce paysage verdoyant. C’en est assez pour
succomber aux charmes de ce pays encore inconnu de nous deux, tellement surpris
de voir autre chose que plages, néons scintillants, parcs d’amusement pour
touristes.
Bientôt, nous
arrivons à destination : Citrus Springs. Une localité tranquille qui se
cache derrière sa grande fontaine aux eaux turquoises, couleur caractéristique
de sa source. Cette cité offre, aux amateurs de vélo, une piste cyclable de 46
milles pourvue de tables de pique-nique, toilettes, stationnement. Croyez-le ou
non, nous n’avons rencontré que deux ou trois cyclistes sur cette voie pavée
large comme un boulevard.
Après notre
randonnée, nous remontons à bord de notre Beauceronne qui nous mène à Rainbow
Springs, à côté de Dunnellon (où nous nous approvisionnons à bon prix). C’est
là le commencement d’un long émerveillement. Quelle beauté ! Voir surgir
ces sources des entrailles de la terre en une nappe cristalline qui se fraie un
passage en soulevant le sable dans une succession de lentes ondulations ou qui
suit les détours d’une caverne avant d’arriver à la surface. Voilà le spectacle
qui s’offre à nous ! L’eau est si claire que le regard peut se poser sur
le fond du cours d’eau d’une profondeur de vingt à vingt-cinq pieds. Son lit
parfois jonché de pierres bleutées donnent à l’eau une teinte turquoise pour le
plus grand plaisir des excursionnistes et des baigneurs. Il ne faut pas s’y
méprendre, ce n’est pas une eau chaude : elle garde une température de
72F, juste le petit coup bienfaisant pour vous ravigoter après une longue
route. Ces sources sont des lieux privilégiés pour la faune. Alligators,
poissons, tortues, loutres, serpents, oiseaux sont nombreux à bénéficier de cet
environnement.
À Rainbow Springs,
nous louons un canot pour remonter le cours d’eau jusqu’à sa source. Nous
passons l’après-midi à observer le fond de la rivière qui se métamorphose sous
nos yeux en un gigantesque aquarium. C’est un endroit très prisé par les
adeptes du tuba qui remontent le cours d’eau en bateau jusqu’à sa source et de
là, redescendent à la nage en y explorant les moindres recoins à la recherche de
la faune marine qui s’abrite dans les algues ou derrière les rochers.
L’aménagement de ce parc gouvernemental est soigné et les autorités y apportent
constamment des améliorations. C’est un endroit à ne pas manquer.
L’arrêt suivant se
fait à Juniper Springs. Ici c’est le vrai camping : pas d’électricité, pas
d’eau aux emplacements. Ces services sont regroupés dans les centres
communautaires localisés dans chacune des sections du camping. Pas de problème
pour nous, car notre Beauceronne est autonome et peut nous assurer un séjour
confortable dans ce site sauvage. Le charme particulier de cette source lui
vient de la grande roue à aubes qui puise l’eau de la source pour la déverser
dans le bassin des baigneurs. Baignade, promenade dans des sentiers aménagés, expédition
en canot pour canotiers expérimentés, sont les activités proposées aux amateurs
de plein air.
La prochaine étape
nous amène à Alexander Springs. Nous y passerons quelques jours. La descente de
la rivière créée par cette source est l’attrait principal de ce lieu. Le départ
s’effectue tôt le matin. Nous embarquons dans le canot que nous venons de louer
avec le matériel nécessaire pour ce parcours de 3 heures. Eh! C’est l’aventure
qui commence. Nous louvoyons entre les joncs et les algues. Ici, c’est la
jungle. Nous voguons silencieusement en
scrutant attentivement les rives. Parfois, nous apercevons un alligator, une
tortue ou un banc de poissons. Une loutre, dérangée par notre passage, bondit
juste devant l’embarcation. Ouf! Quelle surprise. Sur le rivage, ibis, hérons,
oiseaux de proie affairés à trouver leur subsistance, ne semblent pas effrayés
par notre présence. Les bébés alligators nous distraient par leurs cris qui
ressemblent aux croassements des ouaouarons. Quand, au milieu de la rivière,
nous distinguons la bouée signalant la fin du parcours, nous accostons
prudemment et attendons la venue du préposé qui nous ramènera au camping. Après
avoir vécu tant d’émotions, rien ne peut remplacer une journée de flânerie et
de baignade à Alexander Springs. Sa source forme, en amont, un lac peu profond
agrémenté d’un lit de sable blanc des plus fins qui réjouit le pied de celui
qui s’y baigne.
Le lendemain, nous
reprenons la route pour rejoindre Salt Spring, autre parc national. La source
nous offre un décor différent. La baignade est des plus agréables. Le vaste
camping affiche une grande propreté partout. Ici, toutes les commodités vous
sont présentées à prix abordables. Nous nous mettons à l’aise pour profiter une
autre fois de la magie des « springs ».